Saint-Pétersbourg : la ville née d'un rêve impérial (1703)
Quand Pierre le Grand ordonne la construction d'une nouvelle capitale en 1703, à l'embouchure de la Neva sur la mer Baltique, le site n'est qu'un marais infesté d'insectes, soumis aux crues et aux tempêtes. Qu'importe — il veut ouvrir la Russie sur l'Europe, créer une ville à son image, moderne, maritime, cosmopolite.
Des dizaines de milliers d'ouvriers, de serfs et de soldats meurent sur ce chantier titanesque. La ville surgit en quelques décennies : palais baroques, canaux inspirés d'Amsterdam, cathédrales néoclassiques, académies des sciences et des arts. Pierre le Grand y déménage la capitale en 1712. Elle reste capitale de l'empire russe jusqu'à la Révolution de 1917.
La ville porte plusieurs noms : Saint-Pétersbourg (fondation), Petrograd (1914, pendant la Première Guerre mondiale), Leningrad (1924, hommage à Lénine), puis à nouveau Saint-Pétersbourg depuis 1991, après un référendum. Ce flottement nominatif résume lui-même la complexité de son histoire.
Retrouvez notre présentation de Saint-Pétersbourg pour une introduction plus générale à la ville.
L'Ermitage : le plus grand musée du monde
L'Ermitage (Эрмитаж) est l'une des collections muséales les plus vastes et les plus riches du monde. Fondé par Catherine II en 1764, il occupe aujourd'hui six bâtiments dont le somptueux Palais d'Hiver — résidence des tsars — dont la façade vert amande et or domine la Neva. La collection compte environ 3 millions d'œuvres.
Parmi les chefs-d'œuvre exposés : des toiles de Rembrandt (dont le célèbre Retour du fils prodigue), de Léonard de Vinci, de Raphaël, de Michel-Ange. L'Impressionnisme est représenté par des Monet, Renoir, Cézanne, Van Gogh, Gauguin acquis par les marchands russes Morozov et Chtchoukine au début du XX° siècle. Les salles de l'Antiquité, de l'Égypte, de la Perse et de la Sibérie complètent un parcours vertigineux.
Conseil pratique
Il faudrait 11 ans — à raison de 8 heures par jour — pour contempler chaque œuvre de l'Ermitage pendant une minute. Même pour une visite rapide, prévoyez au minimum 4 à 5 heures. Achetez vos billets en ligne pour éviter les files d'attente qui peuvent dépasser 2 heures en été.
La forteresse Pierre-et-Paul et ses secrets historiques
La forteresse Pierre-et-Paul (Петропавловская крепость) est le premier édifice construit à Saint-Pétersbourg, dès 1703. Bâtie sur l'île des Lièvres au milieu de la Neva, elle n'a jamais servi militairement — elle est devenue une prison d'État redoutée. Ses détenus célèbres incluent le fils de Pierre le Grand, Alexis, qui y mourut en 1718, et des révolutionnaires comme Dostoïevski, Trotski et Gorki.
La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, au cœur de la forteresse, est la nécropole des tsars depuis Pierre le Grand. Sa flèche dorée, la plus haute de Saint-Pétersbourg (122 mètres), est visible depuis toute la ville. Tous les empereurs et impératrices de Russie depuis Pierre le Grand y reposent, y compris Nicolas II et sa famille, dont les restes ont été ré-inhumés ici en 1998.
Le dôme doré de la cathédrale Saint-Isaac — l'un des chefs-d'œuvre du néoclassicisme russe.
La cathédrale Saint-Isaac : chef-d'œuvre néoclassique
La cathédrale Saint-Isaac (Исаакиевский собор) est l'une des plus grandes cathédrales du monde. Sa construction a duré 40 ans (1818-1858) sous le règne de plusieurs tsars. Son dôme doré, recouvert de 100 kilos d'or pur, est visible à 40 kilomètres. L'intérieur est un faste de malachite, de lapis-lazuli, de marbre et de mosaïques — un chantier qui a mobilisé 400 000 ouvriers.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les habitants de Leningrad ont entreposé dans la cathédrale les sculptures et collections des musées environnants pour les protéger des bombardements nazis. La ville a résisté 872 jours au siège allemand (1941-1944) — un chapitre tragique et héroïque de son histoire.
La perspective Nevski : artère et âme de la ville
La perspective Nevski est l'avenue principale de Saint-Pétersbourg — 4,5 kilomètres de palais, d'hôtels, d'églises et de boutiques. Gogol la décrit dans sa nouvelle La Perspective Nevski comme « la rue universelle de Saint-Pétersbourg ». On y trouve la cathédrale Notre-Dame-de-Kazan (sur le modèle de Saint-Pierre de Rome), l'église du Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé (mosaïques éblouissantes), la librairie Dom Knigi, le Grand Hôtel Europe.
La rue est animée à toute heure. En été, elle bruisse de touristes et de locaux jusqu'à minuit — les Nuits Blanches aidant. En hiver, elle se transforme sous la neige en décor de conte, avec ses façades éclairées et ses passants enveloppés dans leurs manteaux.
Les canaux et ponts : l'architecture du nord
Saint-Pétersbourg est construite sur 42 îles reliées par plus de 800 ponts. Ses canaux — canal Griboïedov, canal Moïka, rivière Fontanka — lui valent le surnom de « Venise du Nord », même si les habitants de la ville rejettent parfois cette comparaison, estimant que leur cité est plus grande et plus majestueuse que l'italienne.
Les ponts sont un élément fondamental de la vie pétersbourgeoise. En été, les ponts mobiles de la Neva se lèvent chaque nuit entre 1h30 et 5h du matin pour laisser passer les péniches fluviales. Les habitants — et surtout les fêtards sortis trop tard — savent qu'ils doivent calculer leur soirée en conséquence : impossible de traverser la Neva pendant ces quelques heures.
Les canaux de Saint-Pétersbourg, entre atmosphère mélancolique nordique et reflets de la ville baroque.
Le ballet, l'opéra et la scène culturelle
Saint-Pétersbourg est la capitale mondiale du ballet classique. Le théâtre Mariinsky (ancien théâtre impérial, fondé en 1783) est la maison de naissance des plus grands chefs-d'œuvre : Le Lac des cygnes, La Belle au bois dormant, Casse-Noisette de Tchaïkovski, La Bayadère de Minkus. Des danseurs légendaires y ont forgé leur mythe : Nijinski, Pavlova, Noureïev, Baryshnikov.
Le Mariinsky II, inauguré en 2013, a agrandi la capacité avec une salle ultramoderne. Le théâtre propose également de l'opéra et des concerts symphoniques. Le Philharmonique de Saint-Pétersbourg, fondé en 1882, est l'un des plus prestigieux d'Europe — il a créé la Septième Symphonie de Chostakovitch pendant le siège de Leningrad en 1942.
Les Nuits Blanches : phénomène naturel et fêtes nocturnes
Du 11 juin au 2 juillet environ, Saint-Pétersbourg vit un phénomène naturel extraordinaire : le soleil ne se couche pratiquement pas. À 60° de latitude nord, le crépuscule s'étire jusqu'à minuit passé, et il fait déjà jour à 3h du matin. Le ciel ne devient jamais vraiment noir — il reste d'un bleu argenté tout au long de la « nuit ».
Les Nuits Blanches sont l'occasion d'un festival culturel intense. La ville ne dort pas — les cafés, les ponts, les places sont pleins jusqu'à l'aube. Le festival Étoiles des Nuits Blanches au Mariinsky propose des représentations de ballet et d'opéra pendant tout juin. Les habitants et les touristes déambulent sur la perspective Nevski jusqu'à 2 ou 3 heures du matin dans une lumière surréelle.
Saint-Pétersbourg dans la littérature russe
Aucune autre ville au monde n'a peut-être autant inspiré ses écrivains. Saint-Pétersbourg est au cœur de l'imaginaire littéraire russe du XIX° siècle. Dostoïevski y situe Crime et Châtiment — les rues sordides du quartier Sennaya, l'escalier de l'immeuble de Raskolnikov, existent encore. Pouchkine y vécut et y mourut. Gogol y écrit ses nouvelles pétersbourgeoises (Le Manteau, Le Nez). Anna Akhmatova, grande poétesse du XX° siècle, y passe l'essentiel de sa vie et y compose son poème-témoignage Requiem, en hommage aux victimes des purges staliniennes.
Découvrez davantage dans notre guide de l'art et de la culture russe et explorez la géographie et les régions de Russie pour situer Saint-Pétersbourg dans son contexte géographique.
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Conseils pratiques pour visiter Saint-Pétersbourg
Saint-Pétersbourg est une destination culturelle exigeante — sa richesse muséale et architecturale peut décourager sans une bonne planification. Quelques repères essentiels pour organiser un séjour réussi.
Comment y aller depuis la France
Vol direct Paris-Saint-Pétersbourg vers l'aéroport Pulkovo en environ 3h30. En combinaison train-avion depuis la France, une nuit à Moscou avec continuation en Sapsan (TGV russe) est une excellente option — 3h30 à 4 heures de train entre Moscou et Saint-Pétersbourg, paysages de forêts boréales inclus.
Où se loger
Le centre historique délimité par la Neva et les canaux Moïka et Fontanka permet d'accéder à pied à la plupart des sites majeurs : l'Ermitage, la perspective Nevski, la cathédrale Saint-Isaac. Loger dans ce périmètre coûte plus cher, mais évite des transports en commun et enrichit l'expérience — chaque promenade devient une découverte architecturale.
Le métro de Saint-Pétersbourg
Le métro de Saint-Pétersbourg est l'un des plus profonds du monde — certaines stations descendent à 80 mètres sous terre en raison du terrain marécageux de la ville. Il est aussi l'un des plus beaux, avec des stations aux mosaïques et aux sculptures dignes de musées (Avtovo, Kirovsky Zavod). Les cinq lignes couvrent bien la ville ; le ticket est très accessible.
Les bridges et les Nuits Blanches
En été, les ponts mobiles sur la Neva se lèvent chaque nuit entre 1h30 et 5h du matin pour laisser passer les péniches fluviales. Ce phénomène, qui enchante les touristes, piège régulièrement les promeneurs nocturnes des Nuits Blanches. Calculez bien vos sorties nocturnes si vous logez de l'autre côté de la Neva — ou assumez de rester dehors jusqu'à ce que les ponts se referment.
FAQ : Saint-Pétersbourg
Un minimum de 4 à 5 jours est recommandé pour couvrir les sites essentiels. L'Ermitage seul mérite une journée complète. Une semaine permet également des excursions à Pouchkine (Tsarskoïe Selo) et Peterhof.
Juin et juillet pour les Nuits Blanches — le phénomène naturel où le soleil ne se couche quasiment pas. Mai et août sont également excellents. Les hivers sont très froids mais magnifiques sous la neige, et les musées sont moins bondés.
En termes de superficie, oui — l'Ermitage s'étend sur six bâtiments et plus de 400 salles. Sa collection compte environ 3 millions d'œuvres. On estime qu'il faudrait 11 ans en marchant 8 heures par jour pour tout voir.
Oui. Le premier jeudi de chaque mois, l'entrée de l'Ermitage est gratuite pour certaines catégories. Le Musée russe propose également des journées gratuites. De nombreuses églises sont accessibles gratuitement.
Oui. Le Sapsan (TGV russe) relie Moscou à Saint-Pétersbourg en 3h30 à 4 heures, avec plusieurs trains par jour. Réserver à l'avance, surtout en été.